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ACACIA CONSEIL

CONSEIL EN ORGANISATION ET MANAGEMENT D'ENTREPRISE EN SANTÉ SÉCURITÉ AU TRAVAIL

ACACIA CONSEIL

TRAVAILLER AUTREMENT

 

#TRAVAILLER AUTREMENT

La définition du mot TRAVAIL[1], indique que c’est « un effort que l’on fait, peine que l’on prend pour faire quelque chose ».

 

D’innombrables livres, études, recherches ont été écrites sur le « travail ».

 

Inutile de revenir longuement sur l’origine latine du mot, elle est connue. Moins connue est le sens du mot utilisé au 12ème siècle pour désigner une activité pénible ou un tourment. C’est au 16ème siècle que le mot acquiert son sens actuel.

 

La plupart du temps, ces écrits portent sur les perceptions et non sur la définition du mot.

 

Ce que « ça fait » et non « ce que c’est ».

 

La perception du travail – LE « ça fait » - est souvent traité négativement, avec ou sans humour !

 

Médecine du Travail

Un jeune Corse revient du continent après avoir terminé ses études. A son arrivée dans son village, il croise un vieil homme assis sur un banc qui lui dit :

 Alors petit, tu as terminé tes études, qu'as-tu donc fait ?

Et le jeune lui répond:

Je viens d'obtenir mon diplôme de médecin du travail.

Et le vieil homme répond :

            Ah enfin, ils se sont aperçus que le travail était une maladie !

 

« Le travail ça fatigue, ça salit et ça déshonore »[2]

« Travailler, c’est trop dur » [3]

 

Est-ce vraiment le travail qui rend malade, qui est trop dur, qui fatigue, qui salit et qui déshonore ? N’y aurait-il pas, une imprécision de départ sur la définition du mot ?

 

« Nous ne connaissons pas le vrai, si nous en ignorons les causes »[4]

 

La définition du travail est une tâche complexe.

 

Mais véritablement, qu’est-ce qu’un travail ? Ce n’est pas si évident si l’on compare le travail d’un informaticien avec celui d’un boucher ou le travail d’un ouvrier d’usine avec celui d’un professeur d’université. Les activités de ces personnes sont aux antipodes les uns des autres et pourtant, elles travaillent toutes.

 

Il ne s’agit pas ici de savoir si une activité est plus intellectuelle qu’une autre qui serait, elle, plus pénible car physique. Nous pourrions avoir des surprises, et les opinions premières « subjectives » pourraient être contredites par les faits.

 

Il s’agit d’être clair sur la notion de travail puis de revenir sur la conception de « travailler autrement ».

 

J’ai indiqué, dans un autre article, la différence que je défends, et je ne suis pas le seul, entre un travail et un emploi « Travail Vs Emploi »

 

Depuis quelques années, nous voyons surgir de nouvelles formes d’organisations du travail (Sociocratie, Holocratie, Entreprise libérée, Teal Organization, Organisation Opale, Télé-Travail) dont nous avons du mal à savoir si ce sont des opportunités ou des illusions[5].

 

Tout cela parce que la place de la confiance, de l’initiative, de l’autonomie, de l’autorité, du sens du travail sont débattus au sein des entreprises. Et, c’est très bien…pour peu que ce ne soit pas que de l’enduit de façade.

 

Qu’est-ce qui peut exister derrière l’enduit ?

 

Nous avons vu émergé l’auto-entreprise, la flexibilité, le Coworking, les open-space, les plates-formes numériques, les Fab Lab, les Hackerspaces, l’Ubérisation. Sans compter internet avec un exemple frappant comme le site  « leboncoin » qui fourmille d’offres de prestations de services où des personnes se proposent pour des travaux à la tâche comme c’était encore le cas au 18ème siècle et au début du 19ème.

 

Certains travailleurs[6], par choix – besoin d’indépendance et d’autonomie – se sont appropriés ces nouvelles formes d’organisation du travail. Il y a toujours eu et il y aura toujours des personnes, et heureusement, qui ne concevront pas leur « travail autrement » car ils sont heureux comme cela. 

 

Rêve pour certains, cauchemars pour d’autres !

 

Cauchemars, car ces « autres » n’acceptent ces nouvelles organisations que parce qu’ils n’ont pas le choix et l’avenir de leur travail est plutôt dans la fin non désirée de leur salariat[7]. Cela est très bien expliqué par certains[8]. Dans ce cas précis, je considère que nous ne sommes pas loin de la dimension morale défendue par Lamennais – pourtant homme de droite - en 1839 dans « l’esclavage moderne »[9]

 

Certains devraient se rappeler cette citation de Lacordaire « C’est la Loi qui protège et la Liberté qui opprime ». Différents jugements de cours d’appel et de la Cour de cassation[10] ne manquent pas de rappeler qu’il existe encore des Lois qui protègent et que fort heureusement si chacun est libre de travailler, ce n’est pas au prix de l’aliénation de sa liberté voulu par un arbitraire économique.

 

Fort heureusement, le salariat n’est pas en déclin car huit à neuf actifs sur dix sont salariés et corolaire, le travail précaire n’explose pas non plus (86% des salariés français ont un statut en CDI)[11] .

 

Néanmoins, n’oublions pas ce travail précaire. Pour plus de 70% des entrants dans le monde du travail les contrats sont des CDI temps partiel, CDD, horaires décalés, emplois aidés, services à la personne, etc. À cela s’ajoute des « évidences » énoncées par des personnes qui pensent que certains métiers, pourtant indispensables, n’ont besoin d’aucune qualification, ce qui est faux. Car même pour exercer le travail de femme[12] ou homme de ménage ou éboueurs, ce sont de vrais métiers avec des savoir-faire et non des emplois.

 

En ce qui me concerne « tout travail mérite salaire ». Dans un blog consacré à la Santé Sécurité au Travail, je place mon propos sur le « travailler autrement » dans le cadre « exclusif » du contrat de travail.

 

Il s’agit donc de « travailler autrement » dans le cadre d’un contrat de travail.

 

Pour mémoire, ce contrat de travail est un échange entre « subordination » et « protection ». Cette notion qui fait qu’une personne accepte d’obéir à une autre dans le cadre d’un travail en échange d’un salaire et de la mise en place d’une protection de sa santé et de sa sécurité n’est pas si vieille puisqu’elle a pris sa forme moderne en 1791.[13]

 

Considérons simplement qu’entre le rapport du Docteur VILLERMÉ et la Loi qui en découle en 1841[14] et le décret d’application de 2001 sur l’Évaluation des Risques Professionnels[15], Il a fallu 160 ans pour que l’état encadre les conditions de travail et protège les salariés. Parmi les dates importantes, les prémices du Code de la Sécurité Sociale avec la Loi sur les responsabilités des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail[16] et le Code du Travail[17].

 

Mais, presque en même temps, c’est-à-dire de 1906 à 1997, date de son interdiction totale, la mortalité de l’amiante pourtant connue[18], n’a cessé de bénéficier d’hésitations et de retards coupables, tant des services publics que d’entreprises privées. Mais, ce serait trop simple de dire que l’histoire du travail est terminée avec des Lois offrant des conditions de travail et une santé sécurité parfaite. De nouvelles formes d’organisation du travail privilégient souvent le quantifiable et favorisent l’émergence de violences psychiques. Pour employer un terme vieillissant, certains n’ont pas de « vergogne » dans leur management.

 

Quelques groupes de pressions puissants, depuis des années, veulent la suppression pure et simple du Code du Travail. Certains syndicats feraient bien de se rappeler que rien n’est gravé dans le marbre. S’il semble difficile de supprimer le Code du Travail, je pense que, d’une manière beaucoup plus insidieuse, il serait possible de revenir sur certaines parties du code comme celle sur la Santé Sécurité au Travail et, en particulier, de limiter, voire abroger les principes généraux de prévention ou la médecine du travail, comme par exemple, viennent d’être supprimés les CHSCT[19].

 

Il est vrai que l’environnement professionnel se durcit du fait de la mondialisation, mais ceci n’explique pas tout. Il est vrai aussi que les mentalités ont changé « L’individualisation a remplacé le travail collectif, la surcharge de travail est appelée défi, challenge »[20]. La mise en compétition des salariés a chassé une solidarité déjà fragilisée par l’individualisation de la société civile et les réorganisations d’entreprises.

 

« Celui qui ne sait pas d’où il vient, ne peut savoir où il va »[21]. L’histoire du travail et l’évolution de l’idée de prévention des risques professionnels[22] devraient être enseignées dans les écoles de management privées et dans les grandes écoles publiques comme l’ENA.

 

Cela éviterait peut-être d’opposer Enjeu Humain et Enjeu Économique car il est dommage de constater que la course au profit voulue par certains aboutit à une logique de création de capital par la dépréciation de la valeur travail tout simplement parce que le monde de la finance ne s’appuie plus sur le travail productif. Ce qui conduit à des destructions d’emplois, à la précarité, au chômage et à la souffrance.

 

Personne n’est en mesure de savoir où s’arrêtera la machine infernale.

 

Alors, si nous ne maitrisons pas tout, il y a une chose que chacun peut faire pour lui, pour ceux avec qui il travaille et pour ceux qui travaillent  pour lui.

 

Essayons de TRAVAILLER AUTREMENT.

 

« La difficulté de concevoir une autre manière de travailler réside, principalement, dans le fait que notre société – hier comme aujourd’hui – intègre bien mal le désir fondamental d’autonomie personnelle inhérent à chaque individu. Cela renforce le sentiment d’aliénation comme celui de frustration lorsqu’on en manque » [23]

 

Je n’adhère pas à toutes les approches de l’économie sociale. De plus, je me refuse, en tant que préventeur, d’avoir une vue politique, syndicale ou religieuse du travail bien que ces trois visions soient respectables. Simplement parce qu’un préventeur se doit de rassembler autour de la Santé et de la Sécurité toutes les personnes auprès de qui il travaille (Direction, managers, salariés, IRP), je suis prêt à écouter et admettre des points de vues opposés au mien – pour peu qu’ils soient conformes à la réglementation -  pour arriver à un compromis opératoire pour le bien de l’individu cité plus haut.

 

Je considère que TRAVAILLER AUTREMENT, c’est effectivement avoir des bornes réglementaires  et donc un cadre de travail.

 

Ces bornes sont fixées par la Loi. C’est la responsabilité de l’État avec le concours des partenaires sociaux.

  • un contrat de travail
  • un salaire

 

Dans ce cadre, le salarié doit pouvoir TRAVAILLER AUTREMENT. C’est admettre que, quelque soit le travail – informaticien, boucher, professeur d’université, ouvrier d’usine, quelque soit l’activité de travail - fatigante ou non, salissante ou non – un travail doit avoir du sens qui donne de la dignité à celui ou celle qui l’exerce.

 

C’est de la responsabilité « exclusive » de la direction de l’entreprise[24].

Pour cela :

  • placer le salarié au cœur de l’activité de travail afin qu’il puisse exercer un savoir-faire technique allié à un savoir-faire de prudence qui lui donnera le sentiment du travail bien fait.
  • exercer un management qui s’appuie sur l’Humain, c’est-à-dire un management qui privilégie l’autonomie Vs un management qui s’appuie sur le contrôle.
  • associer, à tous les échelons de la hiérarchie, le soutien social professionnel dans toutes les situations de travail.
  • diriger, en ayant des indicateurs clairs, pour la bonne santé de tous et de l'entreprise !

[1] Dictionnaire Hachette

[2] Réplique de Louis Jouvet dans le film la charrette fantôme - 1939

[3] Chanson de Julien Clerc

[4] Aristote

[5] Les nouvelles formes d’organisations du travail : opportunités ou illusions ? la revue technique de l’INRS-N°245

[6] Personne qui se consacre à une tâche et qui est rémunérée – dictionnaire Hachette

[7] Personne qui reçoit un salaire.

[8] « La fin du salariat » - Jean-Pierre Gaudart/2013 et « Travailler pour soi, Quel avenir pour le travail à l’heure de la révolution individualiste » - Denis Pennel/2013

[9] « La condition de l’esclave moderne est pire que celle de l’esclave antique. Car ce dernier était au moins assuré de la nourriture et du vêtement, d’un abri pour se réfugier, de soins s’il était malade, en raison de l’intérêt que son maître avait de la conserver ».

[12] Pour celles et ceux qui en doutent, le mieux est de lire « le quai de Ouistreham » de la journaliste Florence Aubenas

[13] Décrets d’Allarde des 2 et 17 mars 1791 qui posent le principe de la liberté de travail selon lequel « chaque homme est libre de travailler là ou il le désire, et chaque employeur libre d’embaucher qui lui plaît grâce à la conclusion d’un contrat dont le contenu est librement déterminé par les intéressés ». Cela supprime les corporations.

[15]https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000408526&categorieLien=id

[16] Loi 9 avril 1898 et Code de la Sécurité Sociale – Art. L411-1.

[17] Premier Code du travail – 28 décembre 1910, mis en œuvre par Arthur GROUSSIER et porté par René VIVIANI – Ministre du Travail.

[19] Loi 82-1097 du 23 décembre 1982

[20] La souffrance au travail – Denis Langlet, Ed Bruno Leprince

[21] Otto von Bismarck

[22] INRS - ED 926 – Jackie Boisselier – Naissance et évolution de l’idée de prévention des risques professionnels

[23] Jean-Michel RAYNAUD

[24] Cela consiste, bien entendu, à ne plus considérer le salarié comme un coût afin de s’en servir comme variable d’ajustement en le sortant, si besoin, du cadre, mais comme une valeur ajoutée indispensable à la performance de l’entreprise. C’est toute la différence entre un emploi et un travail.

 

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ACACIA CONSEIL

Travailler autrement

 

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